Extaciones

Eduardo Calla
crée le 12 decembre 2002

Dans Extaciones,

Il y en a trois. Deux frères et une soeur. À même de se dévorer et de dévorer le monde. Ils sont une famille à eux tous seuls. Pourtant il manque. Un rien peut-être. Mais il manque. Alors tout tremble. Et l'on rentre comme dans une chambre d'enfant habitée par des adultes qui ne savent pas vivre.
Il y en a deux. Ceux-là ils vivent entre eux avec le regard sur les autres et ils ont oublié l'amour. Il y en a une. Seule.
Elle ne sait pas. Échappée elle aussi de l'enfance, elle souhaite manger un peu de ce monde qui l'entoure. De ceux qui ne savent pas elle a l'innocence, l'instinct du savoir sans vécu.
Et puis il y a celui-là qui a déjà marché, qui a déjà vécu, qui aurait pu se griser mais qui porte à leurs yeux le mouvement, la raison peut-être, de continuer encore un peu le chemin. De le reprendre et d'ouvrir d'autres yeux.

Cela porte le nom de famille, de couple de solitude. Cela tente. Les mains s'ouvrent, mais trop fragilisées par la peur, elles se crispent suintent et se mordent jusqu'au sang.
Là le silence, les choses s'arrêtent parce que le corps ne peut plus. Parce que le corps ne sait plus. Parce qu'il faut bien s'arrêter aussi de temps en temps et prendre l'air.
Mais où aller ? Où vivre ? Où aimer ? Où se coucher ? Où rire ?
Dans Extaciones, on entend ce mot : Famille.
Ce tendre mot, cet endroit. Là où l'on se voit naître et vivre les premières expériences.
Lieu de tous les amours et de tous les méfaits. Lieu de toutes répressions et de toutes naissances.

Un jour on voit naître la question de liberté.
Un jour, car enfin pour savoir de soi, un jour vient où la paroi du miroir se brise.
La question de la première fois se pose. Et ce chemin, où l'on court depuis l'enfance le regard rieur sans se poser un instant, (il est là sous nos yeux et d'un coup il est moins rieur ce chemin.) Il se précipite sous nos jambes. Et on ne sait plus marcher, on boite avec nos mots et nos désirs. On a envie de cracher, de mourir. On a envie de toucher, de prendre, de déchirer. On la trouve belle cette vomissure de vie. On la trouve belle. Belle à mourir dira la chanson. Triste peut-être de ne pas l'avoir vu plutôt. (Mais on la trouve belle.)

Mais là il y a déjà au plus profond quelque chose d'autre qui appelle...
Trois enfants oppressés ne sachant plus où se vit la famille. Dérive dans un délire obsessionnel pour retrouver une raison de vivre ensemble.
Oppressé par une vie qui ne sait plus où sont les codes humains.
À quels saints se vouer. (Dirait une chanson.)
Qui porte le regard sur la vie. Une société entière s'est habituée au jugement.
Ceux-là pour la plupart aspirent à autre chose mais quoi ?

Hubert COLAS

Mise en scène et scénographie : Hubert COLAS


Avec : Diego ARAMBURO, Eduardo CALLA, Patricia GARCIA,
Cristian MERCADO, Glenda RODRIGUEZ,
Thierry RAYNAUD, Suzana VILLAROEL

Lumières : ENCAUSTIC- Pascale Bongiovanni et Hubert Colas

Video : Isaac RIVERO

Assistant technique : Miguelangel ESTELLANO

Production : Diphtong Cie, Alliance Française de Bolivie, UTOPOS

Création réalisée avec le soutien de l'Ambassade de France en Bolivie et l'Afaa (Association Française d'Action Artistique)

Avec l'aide de l'Association Française d'Action Artistique (dans le cadre de son programme Tintas Frescas en Amérique Latine) une collaboration de deux ans s'est instaurée entre la compagnie bolivienne Zig Zag Teatro et Diphtong Cie qui a notamment accueilli en 2002 l'auteur bolivien Eduardo Calla pour une résidence d'écriture de trois mois à montévidéo.

En avril 2002, sur l'invitation de l'Afaa, de l'Alliance Française et de l'Ambassade de France de Bolivie, Hubert Colas a présenté Nouvelle Vague de Christine Angot avec Thierry Raynaud et une première lecture publique d'Extaciones d'Eduardo Calla (texte écrit à montévidéo) au Festival International de la Paz (FITAZ 2002)
Suite à une résidence en Bolivie, Hubert Colas met en scène Extaciones, présentée pour la première fois le 4 septembre 2002 à Cochabamba (Bolivie).