Mariage
Witold Gombrowicz
crée le 10 octobre 1998
Nouvelle étape
Dans le parcours d'Hubert Colas, la création de Mariage l'entraîne pour la première fois à mettre en scène un texte dont il n'est pas l'auteur, après avoir monté ses propres pièces depuis huit ans. L'écriture de Witold Gombrowicz, pour qui l'impossibilité absolue de l'accomplissement est avant tout grotesque, le propulse dans un nouvel imaginaire de travail. De nouvelles rencontres et collaborations accompagnent cette évolution. L'intérêt que porte Hubert Colas à l'énergie des corps liés à une quête irrationnelle trouve dans cette création une résonance nouvelle et particulière.
Messe Solennelle
Tragique et rieuse sur la cruauté de la jeunesse, Mariage est une pièce en forme de rêve étrange d'un jeune homme, Henri, tout à la fois soldat et prince héritier d'un trône imaginaire. Le jeune homme invente sa vie et ses croyances au fur et à mesure que son propre langage s'invente des mots, des situations qu'il décide de suivre ou de croire et qui l'entraînent dans des énergies contraires, ensorcelantes.
L'écriture de Witold Gombrowicz s'entend comme une danse macabre et bouffonne de l'existence du monde. Dieu, le pouvoir, la mort, se transforment au gré des rencontres et des désirs d'Henri. C'est l'errance d'un jeune homme voire d'une génération qu'il faut entendre au travers de sa vie : l'absence d'avenir, d'idéologie, de croyance fait naître en lui le désir de «devenir son propre Dieu». Imposant sa vision du monde aux êtres qui l'entourent et fort du pouvoir divin qu'il s'est conféré, Henri laissera surgir en lui les figures les plus tragiques du totalitarisme.
Nous ne vivons pas notre approche de cette fin de siècle dans la quiétude d'un avenir fleurissant. La perte du politique, la perte des valeurs fondamentales de l'homme par une société dont l'économie couche avec les pensées mondialistes du libéralisme fait resurgir les vieilles craintes ancestrales. L'homme Européen des années 2000 se préparerait-il à de nouvelles frayeurs totalitaires? Là où le politique meurt naît autour de nous le chant des puretés originelles territorialistes.
Mariage, écrit à la fin des années quarante, interrogeait l'existence d'un être jeune, vivant entre deux époques après la montée du nazisme. Elle questionnait déjà, en son temps, l'existence de nouvelles croyances pour gouverner les hommes, le monde. Aujourd'hui entendre, écouter cette pièce en cette fin de siècle nous interroge à notre tour sur les forces obscures qui se révèlent de plus en plus autour de nous et sur l'absence de nouvelle idéologie, philosophie ou de croyance pour les années à venir.
Hubert COLAS
Mise en scène et scénographie : Hubert COLAS
Avec : Boris LEMANT, Marie-Paule LAVAL, Thierry RAYNAUD, Pierre LANEYRIE, Peggy PENEAU, Angela KONRAD, Anne-Claude GOUSTIAUX, Virgile COIGNARD, Franck MANZONI, Sophie DELAGE et la collaboration artistique de Alain GAUTRE qui a dirigé en amont des répétitions un travail autour du clown et du bouffon
Lumières : Pascale BONGIOVANNI - Hubert COLAS
Composition musicale : Jean-Marc MONTERA
Costumes : Cidalia DA COSTA

