Purifiés

Sarah Kane
crée le 27 novembre 2001

Qu'est-ce qui pousse l'écriture vers des retranchements d'expérience extrême ?
Quel est l'endroit d'où l'on ne revient pas ? En acte, en parole, en regard.
Comment acceptons-nous une disparition, comment faisons-nous exister ce disparu à travers tous les corps humains que nous rencontrons ?
Comment à cet amour disparu nous survivons ?
Comment ?
Comment l'amour qui fit trembler en nous, tant d'impossibles, tant de désirs hors limites, peut-il encore exister, nous faire accepter un monde ignorant de nos tendresses, nos doutes ?
Il n'est plus supportable de vivre. Il n'est plus supportable d'être à côté des autres amours.
Il n'y a plus d'autres amours possibles.

Les êtres, les objets deviennent des fétiches. Les corps qui se rapprochent des sensations de cet amour sont transformés, disloqués, broyés pour ne plus exister à leur tour. Plus de parole d'amour, plus de geste. Plus rien.
Reste un désir virtuel de l'Aimé. Une réconciliation dans la mémoire. Tant aimé, tant désiré qu'il agit encore en nous, en nos actes, en nos désespoirs.

Sarah Kane nous entraîne dans une écriture où la force des mots et leur puissance à être incarnés franchit le seuil de l'irreprésentable. Au théâtre, on ne peut pas. Ce sentiment-là c'est trop, trop loin, impossible de montrer, impossible d'agir, impossible d'aimer.

Le sexe sur une scène de théâtre, c'est quoi ?
Le théâtre peut-il traiter de l'extrême ?
Comment l'écriture de l'acteur peut nous donner cet in-montrable?

Hubert COLAS

«(...) La brutalité chez Sarah Kane va, la plupart du temps, au plus proche de nous-mêmes, dans une sorte de naturel de la violence où l'agissement n'est pas seulement volontaire mais interne, pulsionnel. Un agissement qui laisse démuni. Une sorte de saisissement du corps. Un saisissement qui relève du besoin, pas du besoin passionnel, mais du besoin de voir, de savoir, là, maintenant. (...)
Quels sont les désirs qui conduisent à choisir une écriture comme celle-ci ?
Quelque chose se produit de l'ordre d'une révélation, une peau à sentir, un corps, une voix. J'ai été happé.
La sensation d'une très grande proximité ?
Oui, mais aussi l'impression de reconnaître un état de désarroi, une nécessité. Il s'agit chez elle d'un regard réconciliant l'être au monde. J'ai l'impression de voir ce froissement et de sentir dans l'écriture tous les mouvements vers ça, jusqu'où elle peut accepter ce démuni-là.
Mais on peut avoir l'impression que ce qui est dans ce texte ne peut pas être représenté. Est irreprésentable.
Justement ce que l'on nomme comme irreprésentable, c'est ce qui n'est pas dévoilé, mais qui existe totalement dans l'espace. L'irreprésentable pour moi c'est cette notion-là, c'est une forme qui n'est pas en image et qui se trouve en puissance entre l'acteur et celui qui écoute. Arriver, finalement, à ce que la vision de ce qui n'est pas montré existe et soit présente.»


Hubert COLAS
Extrait d'un échange entre Hubert COLAS
et Suzanne JOUBERT
le 24 octobre 2001

Mise en scène et scénographie : Hubert COLAS


Avec : Jonathan BIDOT, Jeanne CASILAS, Virgile COIGNARD, Vincent DISSEZ, Franck FRAPPA, Peggy PÉNEAU, Thierry RAYNAUD, Frédéric SCHULZ -RICHARD, Xavier TAVERA.

Lumières : ENCAUSTIC

Univers sonore : Jean-Marc MONTERA

Costumes : Cidalia DA COSTA et Peggy PÉNEAU

Images : Laurent GARBIT

Assistant images : Jean-Christophe AUBERT

Danse : Isabelle MOUCHARD

Sculptures : Françoyse HAMEL

Directeur technique: Xavier FANANAS

Texte traduit de l'anglais par Evelyne PIEILLER.

Production : -Diphtong Cie
-Théâtre des Bernardines
-Théâtre du Merlan-scène nationale de Marseille.

Création au Théâtre des Bernardines, Marseille,du 27 novembre au 15 décembre 2001

Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National

Avec le soutien de : -Montévidéo
-La Halle aux Grains
-Scène nationale de Blois
-Le Théâtre, scène nationale de Mâcon.